Retail media : le vendeur de l’espace mesure lui-même son effet.

DÉCISION SOUTENUETraiter les ventes attribuées par le réseau comme un signal de facturation, mesurer l’incrémentalité par arrêt sur un périmètre écrit à l’avance, et plafonner l’achat à la part dont l’effet est démontré.

Ce qu’il faut distinguer

Trois conditions avant tout calcul.

01

Une attribution, pas une incrémentalité

Le réseau rapproche une exposition et un achat dans sa propre fenêtre, souvent quatorze ou trente jours, clic et vue confondus. Ce rapprochement est une convention de facturation, pas une estimation d’effet causal : il attribue aussi les achats qui auraient eu lieu sans publicité.

02

Trois natures de dépense sous un seul nom

Une même ligne budgétaire finance la création de demande, l’orientation du choix en rayon et l’accès à la visibilité. La première se compare à un média, la deuxième à une promotion, la troisième à un coût de distribution. Les mélanger rend tout rendement incomparable.

03

Le prix net baisse d’autant

Les frais de retail media se retranchent du prix encaissé, comme une commission ou une contribution promotionnelle. Une marge calculée avant ces frais surestime la rentabilité du canal et fausse la comparaison avec les autres circuits.

Méthode

Mesurer le retail media hors de l’outil qui le facture

  1. 01Écrire le périmètre et la fenêtre

    Fixer ce qui compte comme vente attribuée, la fenêtre retenue, la place de la vue et du clic, et les surfaces incluses : site, application, magasin, audiences externes. Sans cette convention écrite, deux rapports du même distributeur ne se comparent pas.

  2. 02Classer la dépense avant de la juger

    Répartir le budget entre création de demande, action commerciale et accès à la visibilité. Chaque part se compare à son propre repère : rendement média, rendement promotionnel, coût d’accès au linéaire.

  3. 03Mesurer par arrêt

    Suspendre la dépense sur un ensemble de magasins ou de régions comparables, garder le reste actif, et lire l’écart de ventes sur une période définie à l’avance. À défaut d’accès aux données du distributeur, utiliser un test géographique sur les ventes totales de la marque.

  4. 04Fixer le plafond et la date de revue

    Déduire du test la part incrémentale, en tirer un plafond d’achat, et inscrire la date de la prochaine mesure. Traiter la part non démontrée comme un coût d’accès, à négocier, pas comme un média rentable.

OUTIL DE DÉCISION

De la vente attribuée à la contribution réellement gagnée

La même campagne, lue par le réseau du distributeur puis par un test d’arrêt. L’écart entre les deux lectures est la part que personne ne facture mais que l’annonceur paie.

ÉtapeMontantLecture
Ventes attribuées par le réseau3,2 M€Fenêtre de 14 jours, clic et vue confondus
Ventes qui auraient eu lieu sans publicité−2,1 M€Écart lu sur les magasins témoins
Ventes incrémentales1,1 M€34 % des ventes attribuées
Marge de contribution (38 %)418 k€Après frais de retail media
Dépense retail media−600 k€Facturée sur la base attribuée
Contribution nette−182 k€Plafonner l’achat à la part démontrée
Seuil d’équilibre : 1,58 M€ de ventes incrémentales, soit 49 % des ventes attribuées.

Le ROAS affiché de 5,3 ne dit rien de ce seuil : il compte aussi les ventes que l’arrêt a montrées non causées.

EXEMPLE ILLUSTRATIF · DONNÉES SIMULÉES

Un ROAS affiché de 5,3 qui laisse 182 k€ de perte

01 · SITUATION

Exemple illustratif : une marque investit 600 k€ sur le réseau d’un distributeur. Le rapport du réseau lui attribue 3,2 M€ de ventes, soit un ROAS affiché de 5,3. Un arrêt de huit semaines sur un tiers des magasins, comparé à des magasins témoins, sert de mesure indépendante.

02 · CALCUL

Le test mesure 1,1 M€ de ventes incrémentales, soit 34 % des ventes attribuées. À 38 % de marge de contribution, elles rapportent 418 k€ pour 600 k€ dépensés : la contribution nette est de −182 k€. L’équilibre demanderait 1,58 M€ de ventes incrémentales, soit 49 % des ventes attribuées.

03 · DÉCISION

La dépense n’est pas rentable comme média au niveau actuel. Elle se plafonne à la part démontrée, et le solde se renégocie comme un coût d’accès à la visibilité, dont la contrepartie se discute en assortiment ou en emplacement plutôt qu’en ROAS.

Conditions d’acceptation

Ce qui doit être vrai pour agir.

  1. 01

    Les ventes attribuées par le réseau ne servent pas de base de décision sans mesure indépendante.

  2. 02

    La dépense est classée en média, action commerciale ou accès à la visibilité avant toute comparaison de rendement.

  3. 03

    L’incrémentalité est mesurée par arrêt, sur un périmètre et une période écrits avant la campagne.

  4. 04

    La part dont l’effet n’est pas démontré est traitée comme un coût d’accès et négociée comme tel.

Limites

Ce que cette analyse ne prouve pas.

  • Un test par arrêt suppose des magasins ou des régions comparables, ce que la couverture du distributeur ne garantit pas toujours.
  • Tous les distributeurs ne donnent pas accès aux données nécessaires à une mesure indépendante.
  • Un effet de notoriété qui se réalise hors du magasin échappe à une mesure par arrêt sur les ventes du distributeur.
  • Les conventions de mesure évoluent avec les référentiels du secteur et les versions des réseaux, ce qui limite la comparaison dans le temps.

Références

Travaux mobilisés.

  1. Blake, Nosko & Tadelis (2015), Consumer Heterogeneity and Paid Search Effectiveness, Econometrica (ouvre un nouvel onglet)
  2. Gordon, Zettelmeyer, Bhargava & Chapsky (2019), A Comparison of Approaches to Advertising Measurement, Marketing Science (ouvre un nouvel onglet)
  3. IAB & Media Rating Council (2024), Retail Media Measurement Guidelines (ouvre un nouvel onglet)