Part de voix (share of voice) : fixer le budget publicitaire par rapport à sa part de marché.

DÉCISION SOUTENUESituer le budget publicitaire par rapport à la part de marché et à la part de voix des concurrents, puis tester l’effet d’un changement d’ESOV plutôt que de le supposer.

Ce qu’il faut distinguer

Trois conditions avant tout calcul.

01

Une part de dépenses, pas d’attention

La part de voix compte les euros investis, pas l’attention obtenue. Deux marques au même budget n’ont pas la même voix si leurs créations et leurs médias diffèrent en qualité.

02

Un repère moyen, pas une loi

La relation entre ESOV et croissance est une moyenne observée sur de nombreuses marques. Elle varie selon la catégorie, la créativité et la position concurrentielle, et n’autorise aucune prévision précise pour une marque.

03

La taille de la marque change la lecture

Les grandes marques peuvent maintenir leur part avec un ESOV négatif ; les petites doivent souvent dépenser au-dessus de leur part pour croître. Comparer des ESOV sans tenir compte de la taille trompe.

Méthode

Calculer et utiliser la part de voix en quatre étapes

  1. 01Délimiter la catégorie

    Fixer les concurrents, les médias et la période retenus. Une part de voix calculée sur la seule télévision, ou sans le numérique, ne décrit pas la pression réelle.

  2. 02Estimer les dépenses

    Rassembler les dépenses publicitaires des concurrents à partir de piges, de panels ou d’estimations sectorielles, et documenter leur marge d’erreur.

  3. 03Calculer SOV et ESOV

    Diviser la dépense de la marque par celle de la catégorie, puis retrancher la part de marché de la même période et du même périmètre.

  4. 04Tester avant de généraliser

    Faire varier la pression dans quelques régions, mesurer la part de marché contre des régions témoins, et décider du budget national sur ce résultat.

OUTIL DE DÉCISION

Part de voix, part de marché et ESOV dans une catégorie

Cinq acteurs d’une même catégorie. L’ESOV situe chaque budget par rapport à la part de marché ; il ne dit pas encore si la dépense est rentable.

ActeurPart de marchéPart de voixESOVLecture
Leader35 %28 %−7 pointsDépense sous sa part : recul possible à terme
Challenger20 %30 %+10 pointsInvestit au-dessus de sa part pour croître
Marque C15 %15 %0 pointPression alignée sur sa part
Petite marque5 %12 %+7 pointsPetite marque qui investit pour croître
Autres marques25 %15 %−10 pointsSous-investissement collectif
Repère moyen de l’IPA : environ 0,5 point de part de marché par an pour 10 points d’ESOV.

Un repère de positionnement budgétaire, pas une prévision pour une marque donnée.

EXEMPLE ILLUSTRATIF · DONNÉES SIMULÉES

Le repère donne la direction, pas la rentabilité

01 · SITUATION

Exemple illustratif : une catégorie investit 50 M€ par an en publicité. La marque y détient 12 % de part de marché et 10 % de part de voix, soit 5 M€ face à 45 M€ pour ses concurrents. Elle vise un ESOV de +5 points, sur un marché de 800 M€ avec une marge de contribution de 40 %.

02 · CALCUL

Part de voix visée = 12 % + 5 points = 17 %. Budget = 17 % × 45 M€ ÷ (1 − 17 %) = 9,2 M€, soit 4,2 M€ de plus. Gain moyen attendu = 5 ÷ 10 × 0,5 = 0,25 point de part par an, soit 0,25 % × 800 M€ × 40 % = 0,8 M€ de marge annuelle.

03 · DÉCISION

L’investissement coûte 4,2 M€ de plus pour 0,8 M€ de marge la première année. Il ne se justifie que si le gain de part se maintient plusieurs années, ce qu’un test régional peut vérifier avant tout déploiement.

Conditions d’acceptation

Ce qui doit être vrai pour agir.

  1. 01

    Calculer part de voix et part de marché sur le même périmètre et la même période.

  2. 02

    Présenter l’ESOV comme un repère moyen, jamais comme une prévision de part de marché.

  3. 03

    Confronter le gain de marge attendu au coût supplémentaire avant d’augmenter le budget.

  4. 04

    Tester toute hausse de pression dans des régions avant de la déployer partout.

Limites

Ce que cette analyse ne prouve pas.

  • Les dépenses des concurrents sont des estimations, souvent incomplètes pour le numérique.
  • La part de voix ignore la qualité créative et l’efficacité des médias choisis.
  • La relation moyenne entre ESOV et croissance reflète aussi la façon dont les marques fixent leur budget selon leur taille.
  • Un effet sur la part de marché peut mettre plusieurs années à apparaître et dépasser l’horizon de mesure.

Références

Travaux mobilisés.

  1. Jones (1990), Ad Spending: Maintaining Market Share, Harvard Business Review (ouvre un nouvel onglet)
  2. Binet & Field (2013), The Long and the Short of It, IPA (ouvre un nouvel onglet)
  3. Danenberg, Kennedy, Beal & Sharp (2016), Advertising Budgeting: A Reinvestigation of the Evidence on Brand Size and Spend (ouvre un nouvel onglet)