Part de portefeuille : mesurer le potentiel d’un client avant de chercher à le développer.
DÉCISION SOUTENUEConcentrer l’effort de développement sur les clients dont l’écart entre dépense totale estimée et dépense captée est le plus grand, et non sur ceux qui achètent déjà le plus.
Ce qu’il faut distinguer
Trois conditions avant tout calcul.
01
Ce qui est acquis n’est pas ce qui reste
Le chiffre d’affaires d’un client mesure ce qu’il achète déjà. La part de portefeuille indique ce qu’il achète ailleurs, donc la marge de progression réelle.
02
La dépense totale s’estime, elle ne s’observe pas
Sauf exception, l’entreprise ne voit que ses propres ventes. La dépense totale se reconstitue à partir d’enquêtes, de données sectorielles ou de modèles fondés sur la taille et l’activité du client.
03
Une part élevée se défend, une part faible se conquiert
Les clients à forte part demandent surtout de la rétention ; ceux à faible part et fort potentiel justifient un effort de développement. Les deux ne relèvent pas des mêmes actions.
Méthode
Mesurer et exploiter la part de portefeuille en quatre étapes
01Définir la catégorie de dépense
Préciser quelles dépenses du client entrent dans le périmètre : la catégorie entière, ou seulement la part que l’offre peut réellement servir.
02Estimer la dépense totale
Reconstituer la dépense de chaque client ou segment à partir d’enquêtes, de panels ou d’un modèle lié à sa taille, et documenter la marge d’erreur.
03Calculer la part et le potentiel
Diviser les ventes captées par la dépense estimée, puis calculer le potentiel restant en valeur, pas seulement en pourcentage.
04Affecter l’effort au potentiel
Classer les clients par potentiel restant valorisé en marge, y concentrer l’effort commercial ou marketing, puis mesurer son effet contre un groupe témoin.
OUTIL DE DÉCISION
Même chiffre d’affaires, potentiels opposés
Quatre clients, leur chiffre d’affaires capté et leur dépense estimée dans la catégorie. Le potentiel restant, exprimé en valeur, réordonne les priorités.
Client
Chiffre d’affaires capté
Dépense estimée dans la catégorie
Part de portefeuille
Potentiel restant
Client A
40 000 €
50 000 €
80 %
10 000 €
Client B
40 000 €
200 000 €
20 %
160 000 €
Client C
10 000 €
15 000 €
67 %
5 000 €
Client D
10 000 €
120 000 €
8 %
110 000 €
A et B pèsent le même chiffre d’affaires, mais B laisse seize fois plus de potentiel.
Le potentiel restant est une estimation : il s’affiche avec sa source et sa marge d’erreur.
EXEMPLE ILLUSTRATIF · DONNÉES SIMULÉES
À chiffre d’affaires égal, une visite seize fois plus rentable
01 · SITUATION
Exemple illustratif : les clients A et B réalisent chacun 40 000 € de chiffre d’affaires. Leur dépense estimée dans la catégorie est de 50 000 € pour A et de 200 000 € pour B. On suppose qu’une visite commerciale capte 2 % du potentiel restant, avec une marge de 30 %.
02 · CALCUL
Client A : (50 000 € − 40 000 €) × 2 % × 30 % = 60 € de marge par visite. Client B : (200 000 € − 40 000 €) × 2 % × 30 % = 960 € de marge par visite.
03 · DÉCISION
À chiffre d’affaires égal, une visite chez B rapporte seize fois plus que chez A. Répartir les visites au prorata du chiffre d’affaires les aurait partagées à égalité entre deux clients aux potentiels opposés.
Conditions d’acceptation
Ce qui doit être vrai pour agir.
01
Toujours exprimer le potentiel restant en valeur, pas seulement en part.
02
Documenter la source et la marge d’erreur de chaque estimation de dépense totale.
03
Ne pas répartir l’effort de développement au prorata du chiffre d’affaires actuel.
04
Distinguer les actions de rétention, pour les parts élevées, des actions de conquête, pour les parts faibles.
Limites
Ce que cette analyse ne prouve pas.
Une estimation de dépense totale erronée déplace toutes les priorités ; elle doit être vérifiée sur un échantillon.
Une part faible peut traduire un choix délibéré du client, comme une politique de multi-fournisseurs, difficile à infléchir.
La part de portefeuille ne dit rien de la marge que le client laisserait sur le potentiel conquis.
Le potentiel d’un client évolue avec son activité ; il doit être réestimé régulièrement.